Depuis le 24 novembre 2014, tous les industriels savent précisément ce que l’Etat attend d’eux en matière d’audit énergétique obligatoire. Les derniers arrêtés et décrets ont enfin été signés par la Ministre de l’Energie, Ségolène Royal.
Le gouvernement et l’Europe veulent ainsi obliger les grandes entreprises industrielles à prendre conscience de leur potentiel d’optimisation énergétique en identifiant les leviers d’amélioration de leurs installations.
Mais dans la pratique, cette bonne intention va-t-elle se traduire par une information de qualité ? Enclenchera-t-elle des optimisations consécutives ? Ou sera-t-elle juste une nouvelle contrainte à laquelle les industriels répondront par le minimum : l’envoi du certificat à la préfecture pour archivage?

Les leçons de l’échec du DPE – Diagnostic de Performance Energétique – dans le bâtiment semblent avoir été retenues

Les textes fixent un niveau de compétences des auditeurs : formation, expérience dans l’énergie, nombre d’audits énergétiques déjà réalisés. Les auditeurs externes devront aussi être certifiés selon la norme NF X50 091.
Les audits devront respecter un cahier des charges normalisé : norme EN 16247-1 : 2012 (septembre 2012) complétée par la EN 16247-3 : 2014 (juillet 2014) pour les procédés.

Le marché résistera-t-il à la tentation ?

Si l’apparition d’un nouveau marché de l’audit énergétique obligatoire entraine, comme avec le DPE, une course à la baisse des coûts pour capter les volumes, nous courrons un grand risque de livrer aux industriels des conclusions inapplicables par manque de profondeur de l’analyse.
Analyser la consommation d’énergie d’une usine va bien au-delà des recommandations sur l’éclairage, l’isolation et le chauffage/climatisation du bâtiment. Dans la plupart des usines, l’essentiel de l’énergie est consommée dans le process. Chaque process étant spécifique, un audit d’usine sera difficile à standardiser sans affecter sa qualité.
Si les préconisations d’un audit trop superficiel qu’un industriel a fait sous contrainte lui paraissent peu fiables, il ne se mobilisera pas pour mettre en œuvre toutes les solutions et s’arrêtera à 1 ou 2 idées (*). Si un audit trop rapide se limite à quelques recommandations standards mais peu motivantes (temps de retour sur investissement trop long, gains trop faibles…), un industriel pourra même conclure qu’il n’a y plus rien à optimiser sur l’énergie dans son usine.

Que ceux qui croient en la compétitivité énergétique se lèvent !

L’énergie est devenue un enjeu de compétitivité pour tous les industriels. Si chaque dirigeant aborde la nouvelle réglementation sous cet angle, nous pourrons tous nous réjouir : ceux qui veulent optimiser leurs coûts de production, ceux qui veulent réduire les émissions de CO2, ceux qui veulent augmenter notre indépendance énergétique, et ceux qui aiment le travail bien fait !

(*) 63% des entreprises ont mis seulement en œuvre moins de 3 recommandations de l’audit qu’elles ont commandé selon l’enquête 2010 de lObservatoire de la maturité énergétique des industriels de l’agroalimentaire.

Publicités