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Le secteur du transport routier a tout à gagner à faire des économies de carburant. Précédemment incités à participer à la Charte CO2, les transporteurs doivent désormais s’acquitter d’un audit énergétique dans le cadre de la norme 16247-4.

Par Pierre Wakeford, Action Management

«Bien qu’étant de même nature, dans le fond, que sa jumelle dans l’industrie, la prestation d’audit énergétique dans le transport – objet de la norme NF EN 16247-4 – présente  toutefois quelques spécificités liées aux métiers du transport. Tout comme dans le monde industriel il est plus que conseillé aux bureaux d’études de vérifier en amont l’éligibilité à l’audit. À savoir de vérifier et de valider que les données fournies par le client posséderont un historique suffisant, seront assez robustes, reproductibles, tout en sachant qu’il existe un écart entre les données tableau de bord et les données électroniques “Bus Can” récupérées en sortie moteur des véhicules. Une fois cette phase validée, reste à identifier parmi les 56 solutions offertes par la Charte CO2* celles qui sont potentiellement et “physiquement“applicables puis, en filtrant, celles qui sont financièrement souhaitables c’est-à-dire celles pour lesquelles le retour sur investissement (RSI) est le plus court au regard des investissements consentis. Il est à noter que toutes les solutions retenues ne nécessitent pas obligatoirement d’investissements, mais des simples rappels aux règles élémentaires de la chaîne classique de management : instruction aux managers – délégation au responsable d’exploitation – suivi du résultat.

Un exemple parmi les plus significatifs est le fait de contrôler chaque matin que les moteurs des véhicules ne tournent pas inutilement en mode statique ce qui est techniquement et économiquement non souhaitable. Pourtant, cela arrive souvent pendant que le conducteur
récupère sa feuille de tournée et….prend son café. Ceci ne nécessite rien d’autre qu’une autorité ferme et de la pédagogie afin d’expliquer aux conducteurs qu’ils doivent être attentifs aux ressources d’énergie, en particulier aux 1 000 à 1 200 litres de carburant situés dans les
réservoirs de leur véhicule. Cumulés pour un parc de 70 véhicules, ce simple geste d’attention, démultiplié, équivaut à une citerne gratuite de 30 000 litres par an ! En transport rien de très spectaculaire individuellement, mais un potentiel global d’éco-énergie toujours très impressionnant, se chiffrant vite en milliers d’euros d’économies. Des gains sur la marge brute
Une fois le parc de véhicules segmenté en fonction des types (véhicule léger ou utilitaire léger, porteur ou semi-remorque), l’usage de la méthodologie et du tableur de la Charte CO2
permet toutes les simulations possibles et tous les calculs itératifs souhaitables, dès lors qu’une solution est recherchée. Les calculs scientifiques réalisés en amont par l’Ademe et les constructeurs de véhicules permettent un appréciable gain de temps et l’assurance que les
résultats attendus seront, avec un écart négligeable, bien au rendez-vous. Dans le tableur, l’économie réalisée ainsi que le “RSI” figurent instantanément en regard de chaque solution retenue. Après entrée des données d’une année complète, dite de référence (une année forte
ou “N-1” la plupart du temps) la feuille de résultats permet de connaître les données suivants : litres et dépenses de carburant économisés, grammes CO2/km et grammes CO2/tonne.km, montant total des investissements à réaliser avec sa durée globale de “RSI”. Les transporteurs ou industriels possédant des flottes captives s’engagent dans la Charte CO2 pour une période
de 3 ans et choisissent de renouveler leurs efforts (ou non) pour un cycle de trois nouvelles années. Jusqu’au 31 décembre 2014, l’engagement confirmé dans le programme Charte CO2 permettait de s’affranchir de l’audit énergétique. Ce n’est plus le cas et ceux qui doivent s’y conformer élaborent alors leur démarche dans le cadre de l’audit dont la périodicité est différente (4 ans). Ils peuvent s’appuyer sur le chapitre 4 de la NF EN 16247 : ce référentiel décrit en fait, noir sur blanc, toutes les actions à réaliser en audit énergétique. Les gains futurs d’énergie s’établissent, selon les statistiques de l’Ademe, dans une fourchette de 4 % à 8 % du budget annuel de carburant consommé après un an de respect des bonnes pratiques. En général, la dépense énergétique en carburant se situe à hauteur de 30 % du budget global annuel d’un transporteur. Quand on sait que la majorité de la profession du transport réalise entre 0,5 et 1 % de marge (quand elle en réalise !), c’est donc un gain potentiel
de marge brute de 1,2 % à 2,4 % que fait apparaître un audit énergétique transport. On comprend alors aisément pourquoi plus de 1 000 entreprises se sont engagées dans la Charte depuis 2009. En cette fi n d’année, certains optent même pour la norme ISO 50 001, comme c’est le cas d’un transporteur savoyard de la région Rhône-Alpes, déjà honoré comme transporteur de l’année en 2012. L’opportunité d’amélioration énergétique est considérable !»

*Programme conçu et lancé en 2009 par l’Ademe et la Dreal : voir sur www.objectifco2.fr/

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