De contrainte à opportunité, grâce au Lean Manufacturing

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La COP 21 s’est achevée l’an passé sur un accord international ambitieux pour la mise en œuvre d’une politique globale, permettant au climat de ne pas dépasser les 2°C par rapport à l’ère préindustrielle.

Actrices incontournables de l’agroalimentaire (40 % du chiffre d’affaires, une marque sur trois), les coopératives agricoles sont particulièrement touchées par le changement climatique. Elles sont aussi conscientes de leur rôle à jouer dans la recherche de solutions, en témoigne leur participation remarquée à la conférence.

L’audit énergétique des coopératives agricoles : classé sans suite ?

Pourtant, l’obligation réglementaire d’audit énergétique (reconductible tous les 4 ans, par décret n°2014-1393 du 24 novembre 2014), est parfois vécue comme une véritable contrainte par les acteurs du monde agricole, qui n’ont pas les moyens de concrétiser des préconisations techniques jugées trop coûteuses.

En effet, 90% des coopératives sont des PME ou TPE. La capacité d’investissement est répartie entre les nombreux sites adhérents et la marge de manœuvre individuelle est faible. La saisonnalité de l’activité, dans les secteurs de la transformation végétale en particulier, rend les temps de retour sur investissement insoutenables.

 Une approche adaptée à ces problématiques

Productivité, réduction des coûts de fonctionnement et économies d’énergie peuvent-ils aller de pair ?

Tels sont les enseignements du Lean Manufacturing, qui fait encore les beaux jours de l’industrie automobile sous l’impulsion de Toyota.

Le Lean Manufacturing vise l’excellence opérationnelle, à travers l’observation minutieuse des procédés de production afin de :

  • S’interroger sur la conduite d’exploitation et l’organisation ;
  • Déterminer le juste besoin (ici en énergie) ;
  • Eliminer les consommations énergétiques sans valeur ajoutée et améliorer les modes de production pour s’en rapprocher au plus près.

La démarche a le mérite de porter la réflexion sur les aspects organisationnels et comportementaux de la réduction des coûts énergétiques, là où les solutions purement technologiques (plus coûteuses) sont traditionnellement seulement considérées.

Retours d’expérience : ils l’ont fait !

Prenons l’exemple de la branche « métiers du grain » d’une coopérative agricole.

Un audit énergétique externalisé a permis d’expliquer pourquoi l’électricité nécessaire pour traiter une tonne de grain, variait du simple au double selon les sites.

Les déplacements mécaniques de la marchandise par convoyeurs et élévateurs représentent 40% de ces consommations. Pour se plier aux normes contractuelles, l’étape critique du procédé est le passage sur des nettoyeurs-séparateurs, afin de contenir le pourcentage de grains brisés dans les limites spécifiées.

Or, voici ce qui a été constaté sur le silo qui consommait le plus d’électricité à la tonne :

  • Incohérence entre les capacités de convoyage (200 T/h) et de nettoyage (30 T/h) : goulot d’étranglement au niveau de cette étape.
  • Convoyeurs par conséquent bridés : moteurs en sous-charge au rendement dégradé.
  • Nettoyeur vieillissant, peu efficace : nécessité de réaliser 3 passages pour chaque tonne de grain, contre deux en situation normale.

Le cycle de nettoyage excédentaire sollicitait la manutention 3 heures, soit autant d’électricité consommée à perte et une diminution de la capacité d’expédition.

Ces effets étaient démultipliés par la grande quantité de marchandise à traiter : à raison de 90 000 Tonnes expédiées annuellement, la manutention consommait ainsi de l’électricité sans valeur ajoutée… 3000 heures par an.

Le silo qui consommait le moins d’électricité à la tonne, avait quant à lui :

  • Renouvelé ses équipements de nettoyage dans le sens d’une augmentation de leur capacité, quelques années auparavant.
  • Un ratio électrique à la tonne manutentionnée 20% inférieur à la moyenne des sites de la coopérative, et 70% meilleur que le plus désavantagé.

Le site le moins performant a ainsi justifié une demande d’investissement prioritaire, amortie en 2,5 ans, afin de remplacer l’un de ses nettoyeurs séparateurs par un crible rotatif 200 T/h. Un autre établissement de cette même entreprise, a quant à lui tiré parti de ce même constat pour renforcer l’efficacité de son système d’aspiration, également impliqué dans le nettoyage du grain.

Ainsi un raisonnement sur la cohérence des cadences de manutention, a permis à la fois d’alléger la facture énergétique de ces sites, et d’en renforcer la productivité à moindre coût.

DSC_0125Conclusions

  • L’audit énergétique réglementaire peut servir de tremplin pour les sites adhérents, en fournissant des arguments pour accélérer des investissements dans l’appareil de production, plus vite rentabilisé. Une approche Lean permet de s’affranchir de besoins financiers trop importants.
  • Le principe de fonctionnement des coopératives offre des opportunités intéressantes de progrès en interne, car il favorise le benchmark inter-site. Tâcher d’expliquer les écarts de performance énergétique, à l’aune de l’expérience du personnel local, est un excellent moyen d’impliquer chacun dans le défi de la transition énergétique.
  • Enfin, la gouvernance étant assurée démocratiquement sur le modèle « un Homme /une voix », ce sont les prises de conscience individuelles qui permettront d’inscrire la transition énergétique dans une stratégie globale et pérenne.

Pour aller plus loin :

  • Dossier de synthèse des prises de parole des coopératives agricoles à la COP 21 :

http://www.coopdefrance.coop/fr/index.html

  •  Le Lean Manufacturing adapté à l’énergie, mis en lumière par l’ADEME :

http://www.haute-normandie.ademe.fr/sites/default/files/files/domaines-intervention/economies-energie/fiche_6_pages_methode_lean.pdf

  •  Pour en savoir plus sur l’utilisation rationnelle de l’énergie dans le séchage du grain :

http://www.ademe.fr/utilisation-rationnelle-lenergie-sechage-grains-fourrages

 

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