À 28 dollars courant janvier, le prix du baril de Brent n’avait jamais été aussi bas depuis 2005. Après une hausse tendancielle du prix du baril de 2005 à 2014, voilà que les cours se sont effondrés de 75% depuis juin 2014.  Si à court terme elle satisfait les consommateurs, qui gagnent en pouvoir d’achat et en sont donc les premiers bénéficiaires, elle soulève également des incertitudes quant à son impact sur la transition énergétique et le développement des énergies renouvelables dans le monde. La chute du prix du baril va-t-elle freiner la transition énergétique ? Le spectre de la pénurie du pétrole, estimé par les experts pour 2050, est-il si éloigné ?

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La baisse actuelle s’explique principalement par le contexte géopolitique (pression sur la Russie voulue par les US ou sur l’Iran chiite par les sunnites…), par la surproduction importante (pétrole non conventionnel aux États-Unis, fin de l’embargo sur le pétrole iranien…) par l’absence de volonté d’ajustement de la part de l’Arabie saoudite, et par la spéculation. Le ralentissement de la croissance mondiale (en Chine, aux USA comme en Europe) contribue à réduire les consommations pétrolières et à entretenir cette surabondance de l’offre.

Il est important de préciser que le pétrole et les énergies renouvelables sont très peu en compétition directe. Ainsi le pétrole ne représente que 5% de la production d’électricité mondiale, marché premier des énergies renouvelables aujourd’hui, mais pèse plus de 90% des énergies consommées dans le transport. L’Association Internationale de l’Energie estime que le prix bas du pétrole peut faire perdre au monde près de 15% des économies d’énergie réalisables, « soit 800 milliards de dollars qui ne seront pas consacrés à l’amélioration de l’efficacité des voitures, des camions, des avions et d’autres équipements grand public, ce qui ralentit une transition énergétique indispensable. »

Aujourd’hui les stocks mondiaux de pétrole débordent, mais sur le long terme, l’équilibre offre/demande pourrait s’inverser. La date du oil peak est incertaine mais les réserves mondiales sont limitées et la demande ne cesse de croitre. Nous ne pouvons pas prédire avec certitude si ce prix va rester bas encore 1, 2 ou 5 ans, mais nous pouvons prédire qu’il va continuer à être volatile. En parallèle, le prix des énergies renouvelables ne cesse de décroitre grâce à une efficacité qui progressent et un cout des équipements qui diminue.

Tandis qu’après l’accord de la COP 21, les initiatives politiques en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre se multiplieront sous la pression des opinions publiques et des enjeux de réchauffement climatique, les réserves disponibles de pétrole seront toujours plus chères à exploiter (pétrole de schiste, sables bitumeux ou gisements en forte profondeurs). Les responsables politiques ont tout intérêt à rester ferme à court terme quant à la mise en place de règles de marché et de subventions nécessaires au déploiement des énergies renouvelables afin de préparer un avenir inéluctable, et mettre notre pays et l’Europe dans les meilleures conditions pour le futur.

La chute actuelle des prix du baril ne devrait pas logiquement pas remettre en cause la dynamique de transition énergétique lancée dans le monde, pour autant, la nécessité de développer un marché mondial du carbone se fait de plus en plus sentir, et nous pouvons regretter que les états ne se soient pas mis d’accord sur ce point lors de la COP21 à Paris. La France montre la voie avec une taxe énergie-climat qui devrait emmener une hausse de 30% du prix des énergies fossiles à l’horizon 2020-2030, espérons que la COP 22 sera l’occasion de rassembler beaucoup d’autres pays autour d’une initiative similaire.

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