L’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz est une exigence de l’Union Européenne. La politique énergétique de l’Union a pour ambition de promouvoir une libre concurrence saine sur le marché européen de l’énergie pour assurer la sécurité d’approvisionnement de l’énergie (1) en garantissant un prix abordable à tous les consommateurs (2), et cela dans le respect de la protection de l’environnement (3).

Cet article présente le mécanisme des interconnexions et du couplage des marchés mis en œuvre pour répondre aux ambitions de l’Union Européenne sur ces 3 piliers

 

 I. Qu’est-ce que le marché de l’énergie ?

acteurs-elec

Source : Direct Energie

Le marché de l’énergie est composé de 4 types d’acteurs :

La PRODUCTION : les producteurs d’énergie possèdent les centrales (nucléaires mais aussi thermiques, éoliennes…), produisent l’énergie et vendent leur production. Ce segment est ouvert à la concurrence.

Le TRANSPORT est assuré par le service public : RTE pour l’électricité / GRTgaz ou TIGF pour le gaz. Les gestionnaires de réseau de transport acheminent l’énergie des centrales de production aux unités de distribution.

La DISTRIBUTION est assurée par le service public. Les collectivités locales sont propriétaires des réseaux et en confient la gestion à Enedis (ex ErDF) pour l’électricité et à GrDF pour le gaz, ou bien à des ELD (entreprises locales de distribution) comme Electricité de Strasbourg ou la SICAE de l’Oise. Les gestionnaires de réseau de distribution répartissent l’énergie entre les communes et les habitations.

La FOURNITURE est ouverte à la concurrence (depuis 2007 pour les particuliers, depuis 1999 pour les plus grandes entreprises). Le fournisseur vend au détail l’énergie qu’il produit ou qu’il achète aux producteurs. Il propose les offres et contractualise avec le client final.

 

II. Comment les interconnexions servent-elles les 3 objectifs de l’UE ?

Les interconnexions permettent d’échanger l’énergie entre pays. Aujourd’hui, 6 pays sont interconnectés avec la France :

solde-echanges

 

Solde des échanges commerciaux aux interconnexions en 2014 et évolution par rapport à 2013

Source : RTE – adaptation DGEC

 

Les interconnexions ont pour objectif de répondre aux 3 exigences de l’UE présentées en introduction :

  • La sécurité d’approvisionnement (1) : Les interconnexions permettent d’assurer l’équilibre offre-demande grâce à la complémentarité des profils de production et l’assistance mutuelle entre pays voisins en cas de crise. Elles offrent plus de souplesse face aux évolutions du marché.
  • L’optimisation des prix (2) : En faisant jouer la concurrence entre les fournisseurs, les flux commerciaux d’énergie vont des pays où le prix est moins cher vers les pays où il est plus cher. Les interconnexions permettent aux acteurs du marché de gros de s’approvisionner là où le prix est le plus intéressant et ainsi garantir que l’on bénéficie de l’énergie au meilleur coût disponible. Pour l’électricité, le prix de gros est fixé par la dernière centrale appelée : l’électricité ne se stockant pas, on fait appel aux unités de production au fur et à mesure, en fonction de leur coût marginal, c’est-à-dire le coût de la production d’un kWh supplémentaire. Suivant cette logique, les premières centrales appelées sont celles qui produisent l’électricité qui serait perdue si elle n’était pas utilisée à un instant donné (hydraulique au fil de l’eau, éolien et solaire). Les centrales nucléaires au coût marginal faible sont ensuite appelées, puis les centrales thermiques (charbon, gaz, fioul) qui produisent de l’électricité aux pics de consommation. Ainsi, les moyens de production les moins chers sont favorisés. La complémentarité des parcs de production européens permet ainsi d’avoir à tout moment un prix avantageux.
  • Le développement des énergies renouvelables (3) : les interconnexions facilitent l’intégration des énergies renouvelables pour la production d’électricité en élargissant les débouchés. En effet, en augmentant la taille du marché on augmente la probabilité de trouver une demande à l’instant t pour une production d’EnR donnée.

Le sens des flux d’électricité peut varier en fonction des périodes. La France est globalement exportatrice d’électricité : elle exporte surtout l’été quand l’électricité marginale est nucléaire ou hydraulique, donc très compétitive. La France est cependant importatrice à la pointe.

La France est globalement importatrice de gaz.

Pour en savoir plus sur les interconnexions, consultez la vidéo pédagogique de la CRE :

video-1

 

III. Un outil au service des interconnexions : le couplage des marchés en Europe

Le couplage de marché est un outil d’optimisation des flux commerciaux aux interconnexions pour intégrer les marchés nationaux. Il implique en Europe les bourses d’électricité et les gestionnaires de réseaux de transport. 17 pays participent au couplage :

couplage

 

Aperçu du couplage de marché en Europe et date d’entrée

Source : RTE, Bilan électrique 2014

 

 

 

 

Le couplage de marché fait correspondre à un instant donné les offres d’achat (demande) et les moyens de production d’énergie (offre) pour une meilleure utilisation des capacités disponibles (1) et (3). Cela favorise l’harmonisation des prix sur les marchés de gros (2) et permet de répondre aux offres d’achat avec les moyens de production les moins chers (2) sur une zone d’échange unique.

Le volume des transits est cependant limité par les capacités d’import et d’export de chaque frontière. Afin d’optimiser la façon dont sont calculées les capacités d’échange dans la région CWE*, RTE utilise le flow-based, un système de couplage fondé sur les flux réels. Il permet de fixer les limites d’import et d’export au plus juste pour éviter les pertes et faciliter le lissage des pointes de consommation.

flowbasedPar exemple, dans le cas suivant, nous avons une capacité d’export de 1000 MW, à destination de l’Allemagne ou de la Belgique. Sans connaître le besoin en temps réel, on avait attribué un plafond de 500 MW à destination de chaque pays. Cette précaution permet de garantir à tout moment une connexion avec les 2 pays. Cependant, si à un instant donné la demande de l’Allemagne est nulle, on pourrait exporter 1000 MW à la Belgique. Le plafond de 500 MW est une restriction due au manque d’information en temps réel. C’est cette information que le flow-based va apporter pour optimiser les échanges.

Retrouvez les explications dans la vidéo suivante sur le couplage et le flow-based :

video-2

*CWE=Central West Europe = France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne et Luxembourg

 

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